Les microorganismes dans les enquêtes policières !

Vous l’avez déjà vu à la télévision. Un crime a lieu. Un corps est découvert. L’équipe d’enquête sur les lieux du crime se rend sur place et mesure directement la température du corps, examine sa raideur et l’éventuelle présence d’insectes (œufs, larves, insectes adultes) à l’intérieur et autour du corps, pour déterminer l’heure du décès…Une nouvelle approche pourrait bientôt faire son arrivée : l’analyse des microbes d’un cadavre en décomposition, ou le nécrobiome. 

 

La décomposition d’un corps commence quelques secondes après la mort. On obtient un corps plus acide et anaérobie (diminution de l’oxygène), étant donné que la circulation sanguine s’arrête, tout comme l’oxygénation, et l’évacuation du dioxyde de carbone. Ce processus détériore naturellement la vie et le métabolisme de billions de bactéries vivant sur le corps, à l’intérieur ou autour de celui-ci. Certaines des bactéries mourront en même temps que leur hôte, en raison des conditions inhospitalières, tandis que d’autres y trouveront un cadre propice à la prolifération. Par exemple, Clostridium perfringens – une bactérie de l’intestin qui dégrade le tissu adipeux – est l’un des principaux acteurs du processus de décomposition et se reproduit rapidement. Dès lors, l’analyse de telles espèces de bactéries et leur présence peuvent aider la police scientifique à définir l’heure du décès. Selon le professeur Eric Benbow, qui étudie la décomposition et la forensique à la Michigan State University (USA), les bactéries sont une « horloge microbienne ». 

La mort est un sujet relativement morbide, et la microbiologie trouve diverses applications dans le domaine des sciences forensiques. Comme vous le savez, la flore microbienne est aussi unique qu’une empreinte. En touchant quelque chose, vous y laissez également votre empreinte microbienne. Une analyse ADN sophistiquée permet de distinguer la composition microbienne de cette empreinte et de faire la différence entre plusieurs empreintes. C’est ce qu’ont démontré le professeur Rob Knight et ses collègues de la University of Colorado Boulder (USA), en identifiant les utilisateurs de claviers d’ordinateur grâce à une analyse microbienne. Une telle analyse s’avère utile si le suspect touche quelque chose sur la scène du crime ou abandonne l’un de ses effets personnels. Et si ce n’est pas le cas ? 

Chaque personne est entourée d’un « nuage de microorganismes ». Ce nuage est comme une ombre et nous suit partout (même après une douche), mais se décompose également lorsque nous passons dans un couloir, dans notre maison, au bureau, dans la voiture, etc. Nous perdons environ un million de particules par heure et une grande proportion des bactéries provient de notre nez, de notre bouche et de notre peau…et elles sont uniques pour chaque personne. L’empreinte et le nuage microbiens recèlent un potentiel élevé en tant qu’outils d’identification, mais sont encore à un stade de développement très précoce. De plus amples recherches s’imposent pour une meilleure compréhension de la sensibilité et de la spécificité de ces analyses, avant leur application dans le cadre d’enquêtes sur les lieux du crime.